La Jeune Fille au Chevreau de Jean-François Roseau

LA JEUNE FILLE AU CHEVREAU

Mon avis : Quand l’Art rencontre l’Histoire.

Un roman magnifique qui met en scène Le petit Pygmalion, adolescent nîmois tombant amoureux pour la première fois.

A Nîmes, au début en zone libre, va voir débarquer les allemands dans leur ville. Pendant cette période trouble de la Seconde Guerre Mondiale, leur arrivée va sonner le glas des restrictions, de la violence et des organisations de l’ombre, le marché noir et les alliances.

Jeune homme doué en dessin, il se passionne pour une statue présentée dans un des jardins de la ville, mais l’enchantement prend vie lorsque qu’il croise par hasard la muse qui inspiré le sculpteur. M, fruit du fantasme auprès de nombreux et jalousée de nombreuses femmes. Sa beauté peut être un atout ou comme un fardeau lourd à porter. Elle mettra en œuvre de nombreuses parades pour les français, beaucoup qui la haïssent lui ont demandé des services qu’elle a rendu sans contrepartie.

Mais l’histoire retenue sera malheureusement ses rapprochements avec certains gradés allemands et la fin sous une pluie de haine souvent venue de ceux qu’elle a repoussés, voir aidés.

A travers les yeux candides de ce jeune amoureux, on découvre l’organisation de la ville pendant cette occupation et un quotidien mêlant inconsciences et drames.

J’ai terminé cette lecture émue, touchée par cette histoire même si romanesque nous emporte à la fois dans les conflits intérieurs du petit Pygmalion et ses choix, sa vie, le dessin, ses blessures et son destin qui a failli basculer.

Une plume littéraire et poétique alternant les faits historiques et les descriptions artistiques, un sacré mélange qui s’équilibrent parfaitement. Découvrir, apprendre, trembler, autant d’émotions ressenties lors de cette lecture. L’auteur a tellement bien réussi à décrire l’Art à travers La Jeune Fille au Chevreau, ce symbole aimé et détesté, que la statue prend vie et est un personnage à part entière dans l’œuvre.

Totalement conquise par cette découverte je ne manquerai pas de découvrir les autres livres de l’auteur.

Résumé : Un jeune Nîmois âgé d’une quinzaine d’années pendant la Seconde Guerre mondiale est subjugué par la beauté d’une statue qui orne l’un des jardins publics de la ville. Il ne se doute pas que cette émotion esthétique marquera toute son existence.
Dans les temps troublés qui suivront l’occupation de la zone libre par l’armée allemande, il fera la connaissance du modèle. C’est alors une femme d’une trentaine d’années, dans le plein épanouissement de sa beauté, qui règne sur la ville. Ensorcelé par ses charmes, «le petit Pygmalion» – c’est le surnom du jeune homme – en deviendra éperdument amoureux, et, au mépris de toute prudence, se laissera entraîner dans le cercle de ses amis, dont certains sont des collaborateurs avérés.
On devine la suite : en dépit des services rendus à nombre de ses concitoyens nîmois, l’héroïne n’échappera pas à la fureur populaire de l’épuration.
La Politique, l’Art et l’Histoire ne sont ici présents que pour donner plus d’intensité à cette  Éducation sentimentale en forme de tragédie.

Date de publication : 10.06.2020 aux Editions De Fallois

JEAN FRANCOIS ROSEAU

 

Léocadie Lepic de Chérif Zananiri

En Souvenirs du Salon de Guainville,

leocadie lepic

Mon avis : Tout à fait conquise par ma rencontre avec Mado, je suis donc partie à la rencontre de Léocadie. Me voici replongée dans l’Histoire, direction la Première Guerre Mondiale. Une période très difficile et  compliquée. Les hommes au front, bataille pour leur vie et l’avenir de la France et se consolent et se raccrochent à leur correspondance avec leur famille. Leur moment où ils peuvent à la fois se confier sur ce qu’ils vivent et prendre des nouvelles de leur entourage resté à l’arrière. Pour des gens comme Thomas qui se retrouve tout seul, sans personne à qui écrire ni de courrier à recevoir ; des femmes se portent volontaires et deviennent leur marraine. Voici donc le rôle de Léocadie, n’étant pas mariée mais sachant lire et écrire va se consacrer à réconforter Thomas et le soutenir. Elle vit, à Compiègne, avec son frère boulanger qui à cause d’un souci de vue n’a pas été mobilisé.

Pendant ce temps à Paris, la vie poursuit sa route en temps de guerre, de violence et de privation. En effet, les groupes d’escrocs se multiplient et les femmes les plus vulnérables sont bien malmenées. Dans un contexte où chacun essaie de survivre quitte à franchir la frontière de la légalité. Léocadie n’hésitera pas à prendre le train, ses économies et porter secours à son Thomas. Un idylle peut-elle naître dans ses conditions ?

Des personnages atypiques, frappés par la nature mais qui se retrouvent avec grand cœur, le physique ne peut faire tout dans ce monde, même dans un monde en guerre. L’évolution de certains, prenant conscience qu’ils s’éloignent de leur objectif primaire au profit de leurs sentiments. Léocadie est très attachante, tant par son physique que l’on devine non-attirant, que par sa naïveté. Elle va se révéler être d’un extrême courage.

Un roman à la fois très noir et rempli d’espoir. Au travers toutes ses mésaventures, l’auteur nous retranscrit à merveille cette ambiance, les enjeux et le rôle des femmes en l’absence d’homme. Leur caractère, leur nouveau rôle au sein d’une société d’hommes absents. Une écriture littéraire qui transporte le lecteur. Parfois, nous ne savons pas trop où nous allons mais nous nous laissons porter au gré des pages. Le courage, la vérité, la solidarité, le respect et la famille sont au cœur de cette œuvre, mis non pas en opposition mais en parallèle avec la vengeance, la sournoiserie, le pouvoir et le mépris. Ce volet est le premier opus, je ne tarderai pas à découvrir les suivants.

LEOCADIE DED

Résumé : Le récit, fondé sur des éléments réels, suit la vie de Léocadie Lepic, disgracieuse par naissance et qui, sachant lire et écrire, devient marraine de guerre en 1916. Elle correspond avec Thomas, soldat dans les tranchées, et se fait prendre par amour, dans les mailles d’une escroquerie montée par des Apaches, ces jeunes voyous qui sévissent à Paris. Le récit se déroule entre Paris en guerre et Compiègne près du front, et montre une capitale qui souffre, qui serre les dents, qui refuse de se soumettre aux bombardements allemands et qui, sans main-d’œuvre masculine, laisse le pouvoir aux femmes…

Date de parution : 16.03.2016 aux Editions Marivole

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La Prisonnière de la Mer d’Elisa Sebbel

la prisonnière de la mer

Mon avis : On va éviter le whaouuuu peut constructif mais le ton est lancé. On est tout de suite immergé dans l’ambiance, les faits historiques rappelés en amont aident à situer les événements relatés. Je suis arrivée sur l’ile comme Héloïse, on partage ses émotions, ses deuils, ses espoirs, ses aménagements. Un personnage touchant qui en plus de son jeune âge, son état de veuve va devoir composer dans cette captivité à ciel ouvert. Elle s’occupe principalement des malades, mais très vite elle va devoir trouver d’autres activités. Remis à l’époque, le veuvage pour une femme est compliqué, plus de revenus ni de protection, ni de respect, 21 femmes au milieu de 5000 hommes… elle va devoir assurer sa survie… Que se passera-t-il lorsqu’elle tombera amoureuse ?
Une histoire très bien relatée, bien écrite, entraînante et addictive, l’auteur a su capter le lecteur dès le début de l’œuvre, les différents personnages acteurs de ce roman sont très bien décrits. Le rôle des femmes lors de conflits est très souvent peu abordé, les petites mains qui agissent dans l’ombre, mais ici elles sont au cœur du récit. L’ensemble donne un roman que j’ai trouvé magnifique malgré la dureté du thème, très bien décrit. Une très belle découverte, j’invite tous les lecteurs à en faire de même.

Comment j’en suis venue à m’ouvrir à d’autres univers que les polars, thrillers et romans noirs, tout simplement en lisant Block 46 de Johana Gustawsson puis Le Fil d’Argent de Rebecca Greenberg où leurs flash-backs historiques m’ont attirée.

Je remercie l’auteur pour sa confiance.

Résumé : 1809, une île déserte, 5000 hommes, 21 femmes – Le destin bouleversant d’Héloïse.
5 mai 1809, cinq mille soldats de l’armée napoléonienne sont déposés sur la petite île déserte de Cabréra, en Méditerranée. Les accompagnent vingt et une femmes, dont une jeune cantinière de dix-huit ans qui vient juste de perdre son mari. Sur tous les visages, la même question : les a-t-on abandonnés à leur propre sort sur ce rocher aride ? Pour survivre, un maigre filet d’eau douce, une poignée de fèves délivrées en ration insuffisante, quelques branchages pour construire des abris précaires. Les hommes sont désespérés et les femmes seules victimes de leur avidité. Héloïse n’a pas d’autre choix que de trouver protection auprès d’un officier. Mais, lors d’un nouvel arrivage de prisonniers, elle croise les yeux de Louis. Les mois passent, le ciel et la mer en colère s’acharnent, les squelettes tapissent le sol de l’île. Partagée entre la raison et la passion, Héloïse survivra-t-elle ?

Date de parution : 30.01.2019 aux Editions Mazarine

elisa