L’Empereur Blanc d’Armelle Carbonel

l empereur blanc

Mon avis : Encore une fois, je suis comblée par ma lecture de cette auteure.

J’ai adoré le thème « la littérature », les auteurs, le monde de l’édition, le succès ou son absence, les réseaux sociaux et bien sûre les auteurs qui tiennent ici le devant de la scène.

J’ai adoré la présentation théâtrale les différents protagonistes ! On les découvre à travers leur caractère essentiel, leur rapport à leur notoriété, à l’écriture et aussi aux yeux de leurs confrères ou leurs rivaux suivant l’angle choisi. Tout aussi leur introspection sur leur vie personnelle. Cinq profils, cinq points positifs et des tonnes de travers.

On avance peu à peu en découvrant également d’autres acteurs, au premier plan Crescent House, son histoire dramatique qui hanterait les lieux. Les flash-backs guident le lecteur pendant les entractes, expliquant le racisme, son évolution dans la région jusqu’aux drames, … Des intermèdes qui scotchent et happent le lecteur, tout autant qu’ils l’immergent au milieu de cette pièce qui s’assombrit au fur et à mesure des disparitions…

Puis nous retournons, vers ces acteurs, auteurs de leur propre vie, la tension psychologique monte au fil des pages, chacun cherche des réponses rassurantes… Rester rationnel devient leur crédo et portant, les masques vont tomber peu à peu… Qui sont-ils réellement en dehors de leurs écrits ? Le responsable serait-il parmi eux ? Et pire, la famille assassinée à quelques kilomètres d’eux serait-elle également victime du même coupable ?

L’omniprésence (du moins en pensée) et la dépendance aux réseaux sociaux se traduisent aussi dans le récit, nous aimons, adorons, sommes surpris, en colère, triste, en colère… Les émoticônes implicites… Tout comme la violence de ces médias, leur importance… Existe-t-il une frontière entre le réel et l’irréel ?

Puis le récit prend corps et tout s’emballent, l’enquête va mettre en lumière toute une série de preuves qui accumulées, vont perturber les protagonistes et le lecteur également.

Le décor ne serait pas complet sans une ambiance totalement anxiogène, l’auteur tisse sa toile autour du lecteur afin de l’emporter totalement au milieu de la scène… L’atmosphère est parfaitement mise en relief grâce à une écriture factuelle, distante ce qui met encore plus l’histoire au premier plan. Sans oublier de jouer avec nos nerfs grâce à certaines dualités, jour-nuit, dehors-dedans, le bien-mal, gentil-méchant, innocent-coupable…

La psychologie est également ultra présente, parfois implicite, au totalement au premier rôle. Elle joue avec les personnages, les manipule, lecteurs ne vous croyez pas épargnés !!

L’ensemble est parfaitement maîtrisé, l’enquête menée par John, flic aguerri, ayant l’habitude de se fier à son instinct va devoir redoubler d’ingéniosité afin de démasquer le coupable… Quelque chose me dit qu’il n’est pas prêt d’arrêter de faire des cauchemars.

Audacieuse, l’auteure nous promène avec une grande facilité !!! Un puzzle grandeur nature se met en place sous nos yeux… Un pur bonheur machiavélique de lecture ! Quelle sera votre réaction lors de la vue d’ensemble ?

Résumé : Cinq auteurs de romans noirs se retrouvent à Crescent House, une maison isolée, érigée au creux d’une vallée perdue de l’Arkansas pour un week-end de création dans une ambiance propice à l’imagination la plus lugubre. De fait, la rumeur locale prétend qu’en 1965, un écrivain, nommé Bill Ellison, y aurait été assassiné par des membres du Ku Klux Klan. D’autres disent qu’il aurait lui-même tué son épouse avant de se donner la mort.
Alors que le week-end passe, les nouveaux habitants de Crescent House disparaissent l’un après l’autre … Une famille entière, bien sous tous rapports, est massacrée dans la ville voisine. Quel est le lien entre passé et présent, entre locataires d’hier et d’aujourd’hui – entre légende et réalité ?

Date de publication : 17.03.2021 aux Editions Fayard/Mazarine

Autres œuvres de l’auteure : Criminal Loft, Majestic Murder

Quelques mots sur notre rencontre

CARBONELLE ARMELLE

Persona de Maxime Girardeau

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Mon avis : C’est époustouflée et émue que j’ai fini cette lecture.

Une succession de personnes sont retrouvées en vie mais dans un état qui ne leur permettra plus d’aborder le lendemain normalement. Aucune ne peut exprimer ce qu’elle a subi et désigner son agresseur, des points communs et similitudes vont mettre les enquêteurs sur une, voire des pistes.

Leur point commun : évoluer dans des strates professionnelles où l’égo et la démesure sont au rendez-vous et essentiels à leur développement. Qui peut bien vouloir réduire au silence de tels représentants d’une caste souvent enviée, rarement égalée ?

L’attrait du pouvoir, du contrôle est ici très bien représenté, des habitudes à l’élaboration de l’image sur les réseaux sociaux, tout est très finement étudié.

L’auteur nous emporte dans une sphère digitale où se dessine très rapidement le grand écart entre l’image de soi, celle exposée à la lumière, sous le feu des projecteurs, souvent en inadéquation avec l’humain qui se cache derrière ce masque public. Les masques sont à l’honneur dans ce thriller, au sens propre comme au figuré. J’ai trouvé que l’auteur jonglait très habilement entre les deux facettes, le réel avec sa sensibilité, la façade avec son armure.

Une enquête qui va bouleverser Franck et Laurence, ils vont être obliger de sortir des techniques habituelles afin de débusquer la personne derrière ses faits horribles. Mêlant course contre la montrer et jeu de cache-cache, l’auteur nous fait visiter certains lieux très insolites de Paris. L’atmosphère oppressante (parfois), l’ambiance, tout y est tellement bien décrit qu’on a l’impression d’y être de voir, sentir et ressentir la même chose que les protagonistes.

Parallèlement à tous les attraits caractéristiques de l’humain et de la psychologie sont mis en valeur par son opposé : la démonstration de l’abstrait du net, de la manipulation, du superficiel, qui poussés à l’extrême peuvent devenir des armes redoutables.

Elga, un personnage très important, va émergée et apporter des réponses, solutions et techniques, inaccessibles aux flics. Elle va beaucoup évoluer, passant sa vie calibrée dans sa sphère à l’horreur de la réalité. J’ai beaucoup apprécié ce personnage et les différentes phases par lesquelles elle va passer.

La vengeance, la haine, la différence, la violence (directe ou pas), le harcèlement sont d’autant d’ingrédients bien mis en valeur mais que je vous laisserai découvrir par vous-même.

L’intrigue est très adroitement ficelée, l’alternance de rythme entre actions et réflexions met le lecteur au milieu de la scène. La fin m’a bouleversée, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour un personnage que je ne nommerai pas et que les personnes qui ont lu ont deviné. Il est à la fois touchant, voir attendrissant et révoltant ou écœurant.

Enfin, après avoir passé un excellent moment de lecture en découvrant ce premier roman qui m’a sacrément bousculée, j’ai été ravie de la dernière phrase mentionnée dans les remerciements de l’auteur. Je vous laisse le soin de tout découvrir !!!

peronna ded

Résumé : Un homme est retrouvé horriblement mutilé dans un bâtiment désaffecté du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Pour Franck Somerset, commissaire à la Crim’, c’est le début d’une enquête étrange et singulière.
Étrange, car ce n’est pas une série d’homicides au sens propre du terme à laquelle il se trouve confronté  : toutes les victimes sont encore en vie, mais elles ont été torturées et «  enfermées  » en elles-mêmes.
Singulière, car pour comprendre, Franck Somerset va devoir plonger dans l’univers des nouveaux maîtres du monde – les grands du numérique qui maîtrisent nos vies immatérielles.
C’est au cœur de Paris, dans ces tréfonds et au-delà, que Franck va suivre la piste de ce qui ressemble à une vengeance frénétique, folle et pourtant méthodique, où s’affrontent deux mondes, un nouveau qui se persuade de sa toute puissance et un ancien qui ne veut pas mourir…

Date de parution : 12.02.2020 aux Editions Mazarine

D’autres avis sur ce livre : Sansgpages, Aude Bouquine 

max é

La Prisonnière de la Mer d’Elisa Sebbel

la prisonnière de la mer

Mon avis : On va éviter le whaouuuu peut constructif mais le ton est lancé. On est tout de suite immergé dans l’ambiance, les faits historiques rappelés en amont aident à situer les événements relatés. Je suis arrivée sur l’ile comme Héloïse, on partage ses émotions, ses deuils, ses espoirs, ses aménagements. Un personnage touchant qui en plus de son jeune âge, son état de veuve va devoir composer dans cette captivité à ciel ouvert. Elle s’occupe principalement des malades, mais très vite elle va devoir trouver d’autres activités. Remis à l’époque, le veuvage pour une femme est compliqué, plus de revenus ni de protection, ni de respect, 21 femmes au milieu de 5000 hommes… elle va devoir assurer sa survie… Que se passera-t-il lorsqu’elle tombera amoureuse ?
Une histoire très bien relatée, bien écrite, entraînante et addictive, l’auteur a su capter le lecteur dès le début de l’œuvre, les différents personnages acteurs de ce roman sont très bien décrits. Le rôle des femmes lors de conflits est très souvent peu abordé, les petites mains qui agissent dans l’ombre, mais ici elles sont au cœur du récit. L’ensemble donne un roman que j’ai trouvé magnifique malgré la dureté du thème, très bien décrit. Une très belle découverte, j’invite tous les lecteurs à en faire de même.

Comment j’en suis venue à m’ouvrir à d’autres univers que les polars, thrillers et romans noirs, tout simplement en lisant Block 46 de Johana Gustawsson puis Le Fil d’Argent de Rebecca Greenberg où leurs flash-backs historiques m’ont attirée.

Je remercie l’auteur pour sa confiance.

Résumé : 1809, une île déserte, 5000 hommes, 21 femmes – Le destin bouleversant d’Héloïse.
5 mai 1809, cinq mille soldats de l’armée napoléonienne sont déposés sur la petite île déserte de Cabréra, en Méditerranée. Les accompagnent vingt et une femmes, dont une jeune cantinière de dix-huit ans qui vient juste de perdre son mari. Sur tous les visages, la même question : les a-t-on abandonnés à leur propre sort sur ce rocher aride ? Pour survivre, un maigre filet d’eau douce, une poignée de fèves délivrées en ration insuffisante, quelques branchages pour construire des abris précaires. Les hommes sont désespérés et les femmes seules victimes de leur avidité. Héloïse n’a pas d’autre choix que de trouver protection auprès d’un officier. Mais, lors d’un nouvel arrivage de prisonniers, elle croise les yeux de Louis. Les mois passent, le ciel et la mer en colère s’acharnent, les squelettes tapissent le sol de l’île. Partagée entre la raison et la passion, Héloïse survivra-t-elle ?

Date de parution : 30.01.2019 aux Editions Mazarine

elisa