Résine d’Ane Riel

RESINE

Mon avis : Une histoire percutante et glaçante. Nous suivons Liv, petite fille, sa vie, son quotidien, sa vie sur l’île. Elle vit recluse auprès de ses parents, coupée de la civilisation. Elle n’a aucune sociabilité et a déjà assisté à plus de drames que les enfants en général.

L’auteure alterne avec brio ses rythmes et son style, les passages narratifs qui retracent la vie antérieure de cette famille et le cheminement pour en arriver à cette folie totale et révoltante quand on sait qu’une enfant vit dans un tel contexte. Puis, le langage change lorsque Liv se livre et raconte sa vie. Le lecteur passe par toutes les couleurs, de l’effarement à la colère. Comment peut-on en arriver là ?

Un récit qui embarque le lecteur dans cette sombre histoire qui se trame comme un entonnoir, au fur et à mesure, l’étaux se resserre, l’enfermement se ressent lors de la découverte des éléments. A chaque page on espère que la situation va s’améliorer. Et les passages de Liv qui avec ses mots nous parle, pour elle c’est normal, elle n’a jamais connu une autre vie, la dimension de cette naïveté très bien expliquée, interpelle le lecteur qui lui sait et est de plus en plus horrifié.

Le basculement de Jens ne s’est pas produit du jour au lendemain. Sa vie, ses sensibilités, la relation avec ses parents, son frère ; tous les éléments qui nous sont distillés n’excusent en rien la finalité, mais permettent de comprendre que les différents chocs peuvent avoir des conséquences et réveiller peu à peu des comportements marginaux voir tragiques.

J’ai été très émue par certains passages sur la vie de Jens, son début dans la vie d’adulte, son premier amour… Il y a des explications, qui ne le disculpe pas de responsabilité mais qui m’a empêchée de le condamner totalement.

La passion et symbiose avec la nature est une part également essentielle dans ce livre, il donne une dimension encore plus tranchante par rapport aux situations évoquées. J’ai aussi par cet aspect encore plus été interpellée.

J’empathie grandit au fil des pages, des chapitres, la révolte s’invite également à cette partie qui ne peut que se terminer ainsi.

Une lecture que j’ai autant apprécié qu’elle m’a dérangée et mise mal à l’aise. On ne peut rester indifféremment au destin d’une petite fille enfermée dans une benne à ordure. L’auteure, par sa construction et ses alternances de styles, sort le lecteur de sa zone de confort, soulève adroitement la maltraitance, mais aussi l’extrême souffrance vécue pendant les premières années de sa vie peut marquer au fer rouge et bouleverser la vie d’adulte.

Jusqu’où est-on prêt à aller pour protéger sa famille lorsqu’on la sent menacée ?

Livre lu lors d’une opération de Bepolar que je remercie pour la découverte.

Résumé : Une presqu’île, aux confins d’un pays du Nord. C’est là que vit la famille Haarder, dans un isolement total. Jens a hérité de son père la passion des arbres, et surtout du liquide précieux qui coule dans leurs veines – la résine, aux capacités de préservation étonnantes. Alors que le malheur ne cesse de frapper à la porte des Haarder, Jens, obsédé par l’idée de protéger sa famille contre le monde extérieur qui n’est pour lui que danger et hostilité, va peu à peu se barricader, bâtir autour de la maison une véritable forteresse, composée d’un capharnaüm d’objets trouvés ou mis au rebut, et séquestrer sa femme et sa fille. Du fond de la benne où il l’a confinée, Liv observe son père sombrer dans la folie – mais l’amour aveugle qu’elle lui porte va faire d’elle la complice de ses actes de plus en plus barbares, jusqu’au point de non-retour.

Date de publication : 04.03.2021 aux Editions Le Seuil

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